ELIANE RADIGUE

Eliane Radigue (née en 1932) utilise des sons continus, créés selon des techniques complexes, qui invitent à une écoute active, mais aussi à la méditation ou à l’hypnose.

Elle est l’une des compositrices les plus influentes de ces 50 dernières années et l’une des références quasi unanimes des créateurs de musique électroacoustique. Je ne suis donc pas très originale en la présentant comme l’une de mes écoutes favorites.

UN ETAT D’OUVERTURE DE CONSCIENCE

La dernière fois que je me suis laissée aller à une écoute de son oeuvre, plusieurs heures d’affilée, en autohypnose, j’ai atteint cet état incroyable d’impression de faire partie du grand tout, cet état de sérénité parfaite, si précieux. Mais étrangement, ce n’était pas cette fois sous la forme de mollécules d’eau parmi les mollécules d’eau (mon « corps » dilué dans tout ce qui contient de l’H2O), existant indistinctement en mollécules entremêlées, mais sous la forme de grains de sables d’une colline ronronnante, un puma de sable immense. Comme d’autres musiques de transe minimalistes, la musique d’Eliane Radigue peut mener à cet état d’ici et maintenant, en harmonie, en paix, en lien avec le monde. Un des états de bonheur qui vaut bien de s’exercer un peu 🙂

Je vous invite à vous laisser guider par sa musique – ou plutôt à laisser « vos autres » (voir l’article « Mon autre/Mes autres) projeter leurs rêves, émotions ou intentions dans ses sons, si subtils, riches et éclairants. Et peut-être un jour, à prolonger un état d’autohypnose préparé en séance dans ses sons pour vivre des expériences.

Je me contenterai  ici d’une transcription d’une citation (tirée de son portrait https://www.youtube.com/watch?v=Czcmpfe_eXE), d’un portrait par Maxime Guitton (ici: https://vimeo.com/8983993), d’un autre par Jean-Claude Fraicher (https://www.youtube.com/watch?v=H2EPXA9K2mg), d’un lien pour écouter Arthesis (https://www.youtube.com/watch?v=CGk9B9tzk0U), et Geelriandre (https://www.youtube.com/watch?v=ypKM2LedOso) et de la description de la « Trilogie de la Mort ».

Cette citation correspond à au moins un processus que l’on utilise en hypnose: créer son propre réel par le choix de ce sur quoi nous portons notre attention : « On peut très bien dans la rumeur de cette ville avec une certaine attention d’écoute, entendre des fréquences et créer sa propre musique. Quand j’étais jeune je faisais ça dans les avions, par exemple. Il y en avait certains qui étaient extrêmement musicaux, d’autres moins… mais on écoute toutes les fréquences et on crée… l’oreille se balade dans tout ça et crée sa propre musique ».

Bienvenue en séance

© Marie Lisel

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« La musique d’Éliane Radigue est une expérience envoûtante du temps et de l’espace. Composée d’amples flux de vibrations, elle est à la fois monumentale et infiniment discrète. Tel un miroir pour l’esprit, elle dévoile “ces étranges rivages de nos paix ignorées”, comme l’a écrit Gérard Fremy. Dès ses premières compositions à la fin des années 60, elle a développé une œuvre unique en son genre, en toute indépendance des esthétiques en vogue. Pionnière des musiques électroniques, elle a exclusivement travaillé avec ce médium jusqu’en 2000. Elle travaille aujourd’hui avec les sons acoustiques d’instruments classiques.« 

Extrait du texte Un portrait d’Eliane Radigue par Emmanuel Holterbach

« TRILOGIE DE LA MORT » D’ÉLIANE RADIGUE / MUSIQUE POUR ARP SYNTHESIZER

CHAPITRE I (61’22) KYEMA
États intermédiaires … À mon fils, Yves Arman Inspiré du texte-racine du Bardö-Thödol (Le Livre des Morts Tibétains), cette œuvre évoque les six états intermédiaires qui constituent la « continuité existentielle » de l’être.

I – Kyene – Naissance

II – Milam – Rêve

III – Samten – Contemplation – Méditation

IV – Chikaï – Mort

V – Chönye – Claire Lumière

VI – Sippaï – Traversée et Retour

Achevé au studio de l’auteur, Paris, en octobre 1988. Kyema a été créé en décembre de cette même année au New Langton Arts à San Francisco.

CHAPITRE II (56’08) KAILASHA
La double source d’inspiration de cette pièce évoque le paradoxe de certains dessins d’Albers ou d’Escher dans lesquels un élément des volumes devient le sas ou l’interface/interphase qui livre l’accès à un autre espace volumétrique à la fois logique et paradoxal. D’abord intitulé « Hereafter », KAILASHA en réfère à une expérience puisée dans le réel vécu, mais est également la transposition d’un parcours imaginaire autour de la montagne la plus sacrée des Himalayas, le Mont Kailash, considéré comme l’une des voies d’accès à une autre sphère d’existence.

Achevé en 1991 au studio de l’auteur, Paris, en 1991. Créé à l’Experimental Intermedia Foundation, New York, le 16 mars 1991.

CHAPITRE III (51’17) KOUME
« Ô Mort,où est ta victoire ? » (Corynthiens XV) Œuvre de cendres – Des cendres de l’illusion devenue lumière Des-cendres au plus profond des sources de la vie. Là où naît la Mort, où Mort devient Naissance. Activement re-commencement – Eternité d’un perpétuel de-venir.

I – « Certainement l’homme se promène parmi ce qui n’est que l’apparence » (Psaumes XXXIV#7)

II – « Qua resurget ex favilla judicandus homo reus » (Messe de Requiem)

III – “Have lightning and thunders their fury forgotten” (Passion selon Saint Mathieu)

IV – « Ô Mort, où est ta victoire ? » (Corynthiens XV)

Commande réalisée au Studio CIRM à Nice en 1993. Création au MANCA, Nice, le 14 novembre 1993.

Sa discographie:

  • E = A = B = A + B (2 x 7″ limited edition) (Galerie Yvon Lambert, 1969 reprise par Povertech Industries, 2000)
  • Songs of Milarepa (single disc) (Lovely Music, 1983)
  • Jetsun Mila (Lovely Music, 1987)
  • Kyema, Intermediate States (Experimental Intermedia, 1992)
  • Mila’s Journey Inspired by a Dream (Lovely Music, 1992)
  • Biogenesis (Metamkine, 1996)
  • Trilogie de la Mort (Experimental Intermedia, 1998)
  • Songs of Milarepa (two discs) (Lovely Music, 1998)
  • Adnos I-III (Table of the Elements, 2002)
  • Geelriandre / Arthesis (Fringes Archive, 2003)
  • Elemental II (Records of Sleaze Art, 2004)
  • L’Ile Re-sonante (Golden Nica, Ars Electronica 2006, Shiin, 2005)
  • Chry-ptus (Schoolmap, 2007)
  • Naldjorlak pour Charles Curtis, (Shiin, 2008)
  • Ψ 847 (Oral, 2013)
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