QUELS LIENS ENTRE L’HYPNOSE ET LES ETUDES SUR LES GENRE?

Lorsque l’on parle de représentation, de croyance, de capacité, de comportement, de construction d’identité, alors l’hypnose a ses raisons d’intervenir, par le recadrage, l’exploration par le rêve éveillé, le changement comme solution, l’anticipation d’un changement, la transformation d’habitudes devenues obsolètes et gênantes…

Au point de vue de l’exploration, découvrir ses sous-personnalités ou ses représentations symboliques (régression après naissance ou dans les vies antérieures, progression, symbolique corporelle, comportement animal…) sans les coincer dans des clichés et attentes étroits permet davantage de possibles. Apprivoiser son être sans a priori genré ouvre la liberté.

Au point de vue de l’exploration encore, comprendre, en le vivant de l’intérieur, ce que signifie incarner un autre genre social (M ou F ou trans M to F ou trans F to M ou…) peut être éclairant et transformateur, pour son rapport à soi ou pour son rapport à l’autre. Je pense ici, notamment, à une expérience en hypnose (j’étais sujet de séance) où j’ai incarné un militaire masculin figé dans une inspection des troupes (je n’ai pas choisi ce cliché loin de mes aspirations, c’est Mon autre qui m’a envoyée là en régression dans les vies antérieures), mais aussi à l’idée d’une version hypnotique qui me vient de l’expérience d’un workshop de Kay Garnellen (artiste et activiste trans qui questionne les thèmes du genre et de la sexualité), qui permettait par des jeux de rôles de vivre ce que ressent une personne trans socialement (en rue, aux toilettes publiques, dans un bar). Par l’exploration, il y a de quoi transformer des croyances et nourrir une compréhension profonde de ce que vit l’autre et de ce que l’on peut ressentir en soi sans en avoir une trouille affolante.

Au point de vue de la résolution d’un problème, intégrer les études sur le genre à la pratique hypnotique (ou l’inverse) peut aider à accompagner dans la justesse et non pas enfermé(e) dans des représentations hétéronormées. Comme demander à l’Etre intérieur de floZif, activiste queer, s’il est disposé à faire passer la puissance du « bras-bite » (main droite plus efficace dans la baise) de la droite à la gauche, le temps de la réparation d’une épaule abimée, afin d’éviter de rester castrée pendant la durée des opérations. Et puis de laisser simplement les mains de floZif s’organiser entre elles, en occupant le conscient.

Au point de vue de l’anticipation (utilisée pour se préparer à n’importe quel changement important), l’hypnose est un outil magnifique: la transition M to F ou F to M, par exemple, gagne à être explorée et anticipée par l’hypnose, de façon à faciliter les connections entre les identités, à résoudre d’éventuels conflits intérieurs et à vivre le passage en toute tranquillité.

Il suffit d’oser 🙂

Bienvenue en séance

© Marie Lisel

 

PS:  UN COURT RAPPEL ET DES LIENS A EXPLORER

Les « gender studies » (traduire: « études sur le genre » et non « théorie des genres » car il n’y a pas de théorie), venues des Etats-Unis, dans les années 1960-1970,  forment un champ d’études universitaires interdisciplinaire.

Leur propos est d’étudier la façon dont la société associe des rôles à chaque sexe et traite différemment les individus en fonction d’un genre binaire. Exemple tarte à la crème: masculin > cheveux courts, bleu, camion, rugby, sciences, colère, force, action, carrière, coureur, Scotch… / féminin > cheveux longs, rose, poupée, danse, arts, hystérie, douceur, rêverie, éducation des enfants et tâches ménagères, mère ou putain, kir…

Selon ces chercheurs, la femme et l’homme ne sont pas identiques, mais la construction de leur identité sexuelle doit beaucoup à l’éducation et aux croyances du milieu dans lequel l’individu grandit, qu’il soit doté d’un vagin ou d’un pénis. Ainsi, la dissociation du biologique et du culturel interroge les normes dites « naturelles » (et donc jugées immuables), qui sont liées au sexe biologique.

Quels sont les clichés et mécanismes qui produisent ces inégalités? Notre quotidien en est truffé! De la blague sur les blondes au « pour une femme, c’est quand même mieux de… » en passant par les rayons de jouets, les habitudes inconscientes des parents qui différencient les tâches assignées à chaque enfant selon son sexe, les qualificatifs accompagnant les demandes faites à chacun selon les attentes que l’on a envers une femme ou un homme, les représentations des corps dans la publicité, les rôles dans les films d’action, jusqu’au « best-seller » qui conforte les représentations sexistes en avançant des recettes miracles pour comprendre le mystère de « l’autre »…

Les Américaines Gayle Rubin et Judith Butler montrent que le rapport entre les sexes n’implique pas seulement une hiérarchie entre les genres (domination masculine) mais également une injonction normative à se conformer aux stéréotypes de son genre biologique.

Ainsi, chacun, selon la norme socio-culturelle du binarisme de genre, est censé se conformer à un genre prédéfini et à tous les diktats qui lui sont attachés, y compris celui de l’orientation sexuelle. L’homme serait tourné vers l’action et la culture, il serait courageux et protecteur et ne pleurerait pas (sauf à l’enterrement de son père), il aimerait les femmes d’apparence féminine (et sans poils). La femme serait tournée vers le cocon et la nature, elle marcherait à petits pas élégants prudents et aimerait les hommes grands et forts, ils formeraient un couple qui baiserait dans le noir uniquement à deux et selon les positions et pratiques « convenables » et auraient des enfants. Bien sûr, si l’un d’eux, hermaphrodite, naissait avec les deux appareils génitaux, il serait rapidement mutilé pour n’en garder qu’un et serait éduqué en fille ou en garçon selon le choix du médecin, qui aurait ainsi « tranché », et serait destiné à faire un mariage fructueux comme ses propres parents. Tout le reste ne serait qu’anomalie et déviance.

Comment apporter des modifications aux habitus imposés par la société? Le mouvement queer (issu des études de genres mais ne se confondant pas avec elles) se joue de la multiplicité des identités sexuelles: la masculinité et la féminité ne peuvent expliquer la hiérarchie et la domination, non moins que le sexe n’expliquerait le genre.

En clair, pour le mouvement queer la sexualité et le genre social (être considéré comme un individu masculin ou féminin) d’un individu n’est pas déterminé par son sexe biologique (mâle ou femelle), mais par son environnement.

Il est dès lors important de différencier le sexe (mâle/femelle) et le genre (masculin/féminin) par rapport à une société qui tendrait à considérer comme anormaux les individus qui ne se situent pas dans la normalité d’une hétérosexualité perçue comme naturelle et innée, avec un genre découlant du seul sexe acquis à la naissance.

Quant à la question du « féminisme« , une question qui m’est souvent posée, j’avance deux réponses : 1: il y a plusieurs féminismes, dont certains s’opposent radicalement; par exemple, le féministe queer et le féminisme essentialiste (ou « différencialiste » : qui promeut une égalité M/F mais chacun dans le rôle assigné selon son sexe biologique, qui déterminerait naturellement son genre). Ne pas les confondre, please!!! 2: dans mon entourage, de nombreux individus de sexe masculins, hétéros ou non, sont féministes queer, c’est à dire qu’ils envisagent les individus sans relier leurs présumées qualités ou caractéristiques à leur sexe biologique et qu’ils sont attentifs à ne pas véhiculer de propos ou d’attitudes différencialistes, puisqu’il y a, au centre du queer, une nouvelle manière de rejeter les catégories binaires de sexe, de même qu’une nouvelle problématisation des sexualités qui mettent ces catégories au défi.

Quelques liens glanés sur le web (qui ont inspiré ce « rappel rapide »)

 

dossier: http://www.nonfiction.fr/article-7758-dossier__un_etat_du_genre.htm

radio: http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-melange-de-genres-14-la-theorie-queer-2014-11-24

radio: http://www.franceculture.fr/emission-chanson-boum-king-s-queer-2012-11-18

https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-2-page-44.htm

http://next.liberation.fr/sexe/2013/04/29/la-theorie-du-genre-a-toujours-ete-queer_899849

http://www.scienceshumaines.com/les-gender-studies-pour-les-nuls_fr_27748.html

Appel à contribution – n°1 de la revue GLAD!

http://www.couventdepaname.org/ et https://www.facebook.com/pages/Couvent-de-Paname-Les-Soeurs-de-la-Perp%C3%A9tuelle-Indulgence/106982269376947

http://information.tv5monde.com/terriennes/genre-neutre-il-ou-elle-pas-besoin-de-choisir-60046

http://www.swissinfo.ch/fre/societe/le-combat-des-hermaphrodites-contre-les-op%C3%A9rations-forc%C3%A9es/7568582

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20131213.OBS9493/theorie-du-genre-judith-butler-repond-a-ses-detracteurs.html

http://www.scienceshumaines.com/genre-et-identite-judith-butler-en-france_fr_5114.html

http://www2.univ-paris8.fr/ef/spip.php?article1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_B._Preciado

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18776064&cfilm=128359.html

http://www.cinequeer.fr/films/

Le genre n’est pas une théorie — Je veux comprendre

http://secondsexe.com/magazine/Similitudes-des-organes.html

http://www.instinct.berlin/

https://www.facebook.com/polychrome.edl/

 

 

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