Lorsque l’on est en contact intime avec son fonctionnement intérieur, il est possible de faire des demandes à ce que l’on peut se représenter (de façon archétypale ou allégorique) comme une sous-personnalité. Personnellement, après m’être connectée avec lui, en autohypnose, je m’adresse à mon « pilote intérieur » plus ou moins de cette façon (c’est un exemple) : «Je me sens anxieuse, je désire vivre un rêve lucide qui m’aide à débloquer la situation. Ceci dit, j’accueille ce qui vient, que cela corresponde à mon désir ou à une autre solution car je te fais confiance. Merci».

Parfois, je pressens qu’un rêve lucide pourrait me faire avancer sur une question qui tourne en rond et je me concentre, avant de dormir, sur cette intuition.
Mon archétype « pilote automatique » entend (ou pas) mon souhait de « rêver de façon lucide et de m’en souvenir au réveil ».

Cette nuit, il l’a exaucé… Je me suis réveillée en paix. Ravie d’avoir vécu, en plus, un précieux moment de peak experience intense!

Je suis derrière une vitre sans tain, dans une pièce dont la baie vitrée donne directement sur le coeur de la forêt. J’observe un gros nid, à la hauteur de mon nombril, où un oisillon coloré, qui ne tardera pas à s’envoler dans quelques jours selon l’état avancé de son plumage, attend le bec ouvert de recevoir sa nourriture.

Un renard aux traits juvéniles arrive timidement. Il le regarde, curieux et gourmand, immobile car se demandant visiblement comment s’y prendre. Les deux animaux sont tout autant magnifiques l’un que l’autre.

Mon réflexe est de contourner la vitre très longue qui nous sépare, pour intervenir et empêcher le sang de couler. Mais, en pleine course, mon pas se suspend (arrêt sur image, la scène sur pause, en véritable suspension dans l’air), le temps de me permettre de réaliser que le renard a aussi le droit de vivre et de se nourrir. L’oiseau, lui, mange bien des insectes et des vers… Je choisis de m’éloigner.

Je vais alors me mettre en position de méditation dans une clairière, pour pleurer la vie qui part, mais aussi accueillir la vie qui grandit… pour laisser circuler les cycles à travers moi, les ressentir et accepter la mort de l’oisillon.

Une temps incertain passe. L’oiseau-mère (je le suppose, je le sens) vole vers moi, autour de moi, de plus en plus près, me frôle en piqué. Je suis un canal. Je ressens sa colère (je n’ai pas sauvé son petit). Je ne protège pas mon visage de son bec ni de ses pattes. Les bras ouverts, j’accueille.

Elle se transforme alors en femme et vient se blottir contre moi, le dos agité par les spasmes des pleurs. Sans un mot, elle lâche. La tempête se calme progressivement. Apaisée, elle s’endort. Je n’ai toujours pas bougé. Je (mon corps, ma chaleur, mon acceptation, mon accueil) suis un réconfort pour elle. Mais je continue à me laisser traverser, à ne rien faire, ni mots ni geste ni changement de position. Juste être.

Je fais partie de l’univers, du grand tout, macrocosme et microcosme, anecdote et cycle long, aiguille de mélèze et étoile polaire, rosée, pierre, oiseau, renard, mouvement lunaire… Le ressenti est si puissant, l’équilibre est si juste, que je me sens pleinement centrée, sereine, connectée, traversée des mouvements du monde, de tout ce qui existe dans les « ici et maintenant » (avec la certitude qu’il y en a plusieurs, mais sans discerner comment cela procède).

Après un temps impossible à mesurer vu le réseau de distorsions temporelles imbriquées les unes dans les autres, des oiseaux commencent à chanter.  La femme dans mes bras se réveille, s’étire, s’ébroue et s’élance vers le ciel, en petit oiseau coloré, vive.

Je me réveille moi aussi, je remercie mon pilote intérieur d’avoir permis à ce rêve de se déployer et je rêvasse dans mon lit… c’est dimanche matin… cet après-midi, j’irai me balader au bois de Vincennes. Je souris.

Il suffit d’oser… et de s’entrainer 😉

© Marie Lisel

Image: C. A. Vaucher (naturaliste)
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